L’essentiel
- Une donnée publiée en 2028 doit avoir été mesurée du 1er janvier au 31 décembre 2027 : la mise en service précède l’exercice à mesurer.
- Le report « stop the clock » de la CSRD décale la publication de deux ans, pas la nature de ce qu’il faut couvrir : une année pleine, sur le bâtiment entier.
- Avec une phase de diagnostic de six à huit semaines et un raccordement par paliers, un parc qui vise l’exercice 2027 démarre au second semestre 2026.
La règle que les calendriers oublient
Un reporting est rétrospectif. Il décrit une période close. Une facture peut se retrouver après coup ; une mesure, non. Si le compteur n’a pas été lu un matin de février 2027, personne ne saura jamais ce qui s’est passé ce matin-là. On pourra estimer, interpoler, déclarer une incertitude. On ne pourra pas mesurer.
C’est la différence de nature entre une facture et une donnée primaire, et c’est elle qui inverse le calendrier. Pour publier une donnée mesurée sur l’exercice N, la chaîne de collecte doit être en service avant le 1er janvier de N. Pas « en cours d’installation », pas « commandée » : en service, avec des séries qui arrivent et une historisation vérifiée.
Le raisonnement vaut pour chaque vecteur et chaque bâtiment. Un sous-comptage posé en avril ne couvre pas janvier. Le premier trimestre sera estimé, et cette estimation devra être déclarée comme telle.
Ce qui tombe entre 2025 et 2030
| Échéance | Texte | Ce qui est attendu | Ce qui doit exister avant |
|---|---|---|---|
| 1er janvier 2025 | Décret BACS (n° 2020-887) | GTB classe B pour les systèmes de plus de 290 kW | Une régulation qui mesure et journalise |
| 27 septembre 2026 | Directive (UE) 2024/825 (EmpCo) | Allégations environnementales étayées | Des chiffres dont on peut prouver l’origine |
| 30 septembre 2026 | Décret tertiaire, OPERAT | Déclaration des consommations 2025 | Les relevés de l’année civile 2025 |
| 1er janvier 2030 | Décret BACS (n° 2023-259, reporté par le n° 2025-1343) | GTB classe B pour les systèmes de plus de 70 kW | La même chose, sur un parc plus large |
| 1er janvier 2027 | CSRD, vague 2 après « stop the clock » (directive (UE) 2025/794) | Début de l’exercice qui sera publié en 2028 | La collecte en service |
| 30 septembre 2027 | Décret tertiaire, OPERAT | Déclaration des consommations 2026 | Les relevés de l’année civile 2026 |
| 2028 | CSRD, vague 2 | Publication de l’état de durabilité sur l’exercice 2027 | Douze mois de mesure |
| 31 décembre 2029 | Directive EPBD (UE) 2024/1275 | BACS pour les systèmes de plus de 70 kW (déjà couvert en France) | — |
| 2030 | Décret tertiaire | –40 % par rapport à l’année de référence | Une année de référence documentée, une trajectoire suivie |
Deux précisions. Le relèvement des seuils de la CSRD (proposition : plus de 1 000 salariés et 450 M€ de chiffre d’affaires) reste sous réserve de l’adoption définitive ; il change qui publie, pas ce qui est publié. Et les entreprises non concernées par la CSRD reçoivent les mêmes questions par un autre canal : leur banque (financement indexé), leur bailleur (bail vert), leur client (scope 3), ou la norme volontaire VSME publiée par l’EFRAG en décembre 2024.
Rétro-planning depuis l’exercice 2027
Prenons un parc de bureaux dont l’entreprise entre en vague 2. Elle publiera en 2028 sur l’exercice 2027. Le rétro-planning part de la date de mise en service, pas de la date de publication.
| Phase | Contenu | Fenêtre pour un exercice 2027 | Ce qui sera mesuré sur 2027 |
|---|---|---|---|
| Phase 0 — diagnostic et inventaire | Quelques bâtiments diagnostiqués sur site, passe documentaire sur le parc, carte de disponibilité, répartition A/B/C, liste des obstacles | Septembre à octobre 2026 (six à huit semaines) | — |
| Phase 1 — raccorder l’existant | Mode A : paramétrage des supervisions ouvertes, mandats de collecte, historisation | Novembre à décembre 2026 | Les vecteurs en mode A, sur douze mois |
| Phase 2 — compléter le ciblé | Mode B : passerelles, sous-comptage ciblé sur les vecteurs manquants | Premier trimestre 2027 | Les vecteurs en mode B, sur neuf à onze mois, le reste estimé |
| Phase 3 — massifier et tenir | Mode C, extension au reste du parc, maintien du référentiel | 2027 et 2028 | Le parc complet sur l’exercice 2028 |
Trois conséquences pratiques :
- Les signatures précèdent les travaux. Un mandat de collecte signé en décembre permet de recevoir les index de janvier. Signé en mars, il ne rattrape pas janvier.
- La phase 2 est partiellement estimée sur 2027. Ce n’est pas un échec, c’est une donnée à déclarer : « sous-comptage en service depuis le 1er mars 2027, période antérieure estimée selon la règle X ». Un vérificateur accepte une estimation déclarée. Il n’accepte pas une estimation présentée comme une mesure.
- Le parc complet vise l’exercice 2028. Vouloir tout mesurer sur 2027 conduit à tout estimer sur 2027. Mieux vaut un socle mesuré sur une partie du parc et étendu ensuite.
L’immeuble type sur ce calendrier
Sur l’immeuble de 6 500 m² avec sa supervision BACnet, ses 60 000 kWh photovoltaïques autoconsommés, ses 2 500 m² sous-loués et ses bornes de recharge : le chauffage, la ventilation et le froid sont mesurés dès le 1er janvier 2027 (mode A) ; l’onduleur photovoltaïque et le sous-comptage des surfaces sous-louées sont en service au premier trimestre (mode B) ; les données de recharge dépendent d’un avenant avec l’opérateur. Les 780 000 kWh d’électricité de l’exercice seront donc mesurés au compteur général sur douze mois, mais leur répartition entre usage propre, sous-locataire et recharge ne sera mesurée que sur une partie de l’année. La déclaration le dira.
Trois calendriers cachés
L’année de référence du décret tertiaire
Le décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 impose aux bâtiments à usage tertiaire de 1 000 m² et plus une réduction de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050 par rapport à une année de référence, qui ne peut pas être antérieure à 2010, ou l’atteinte d’une valeur absolue. Le choix de l’année de référence suppose douze mois consécutifs de consommations documentées. Un parc qui ne dispose que de factures choisit son année de référence sur des factures, avec leurs index estimés et leurs régularisations. Un parc qui mesure choisit sur des mesures. La déclaration annuelle sur OPERAT doit être faite avant le 30 septembre ; l’amende peut atteindre 7 500 € pour une personne morale et les mises en demeure sont publiées.
La période de référence IPMVP
Toute économie d’énergie se mesure par rapport à une période de référence, selon le protocole IPMVP de l’EVO. La période de référence précède l’action. Une GTB installée en 2026 pour le décret BACS, sans mesure préalable, n’a pas de période de référence : l’économie qu’elle produit ne pourra pas être démontrée, seulement estimée. Mesurer avant d’agir n’est pas un luxe méthodologique, c’est la seule façon de prouver plus tard.
L’exercice comptable et l’année civile
OPERAT travaille en année civile. La CSRD suit l’exercice comptable de l’entreprise. Un contrat de financement fixe sa propre date. Une entreprise dont l’exercice court d’avril à mars publie sur une période qui chevauche deux déclarations OPERAT. Le référentiel doit pouvoir découper la même série selon plusieurs périodes, ce qu’une facture mensuelle fait mal et qu’une mesure horodatée fait sans effort.
Ce que PoP Data ESG apporte
PoP Data ESG est organisé autour de cette contrainte de calendrier. La phase 0 tient en six à huit semaines et sort une carte de disponibilité par site : ce qui est mesurable dès maintenant, ce qui demande une passerelle ou un sous-comptage, ce qui demande une signature. Les phases suivantes raccordent d’abord ce qui existe, pour que l’exercice visé démarre avec le maximum de vecteurs mesurés.
Chaque série est historisée avec sa date de mise en service ; les périodes estimées sont déclarées comme telles, avec la règle appliquée et l’incertitude. Le référentiel découpe la même série par année civile, par exercice comptable ou par période contractuelle. Nous ne rédigeons pas votre rapport ; nous faisons en sorte que ce qu’il contient ait été mesuré à temps.
Pour aller plus loin
Questions fréquentes
Pourquoi faut-il mesurer en 2027 pour publier en 2028 ?
Parce qu’un reporting décrit une période close et qu’une mesure ne se reconstitue pas après coup. Pour publier une donnée mesurée sur l’exercice 2027, la collecte doit être en service avant le 1er janvier 2027, avec des séries qui arrivent et une historisation vérifiée.
Que change le report « stop the clock » de la CSRD ?
La directive (UE) 2025/794 reporte de deux ans l’entrée en application pour les vagues 2 et 3. Elle décale la date de publication, pas la nature de ce qu’il faut couvrir : une année pleine, par vecteur, sur le périmètre réel.
Que faire si un sous-comptage n’est en service qu’en cours d’année ?
Déclarer la période antérieure comme estimée, avec la règle appliquée et l’incertitude. Un vérificateur accepte une estimation déclarée comme telle ; il n’accepte pas une estimation présentée comme une mesure.
Quand lancer un diagnostic pour un exercice 2027 ?
Au plus tard au début du second semestre 2026. La phase 0 dure six à huit semaines, la phase 1 raccorde l’existant avant la fin de l’année, et les signatures de mandats doivent précéder le 1er janvier.
Sources
- Directive (UE) 2025/794 « stop the clock » — EUR-Lex (ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 (Éco Énergie Tertiaire) — Légifrance (ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Décret n° 2020-887 du 20 juillet 2020 (BACS) — Légifrance (ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Directive (UE) 2024/825 (EmpCo) — EUR-Lex (ouvre dans une nouvelle fenêtre)
- Directive (UE) 2024/1275 (EPBD refondue) — EUR-Lex (ouvre dans une nouvelle fenêtre)