Fiche réglementaire

Décret tertiaire — réduction des consommations d’énergie finale

Bâtiments tertiaires de 1 000 m² et plus : –40 % en 2030, –50 % en 2040, –60 % en 2050 par rapport à une année de référence, déclaration OPERAT chaque année.

Mise à jour le 14 septembre 2026 · 8 min de lecture · Rédaction ESG Efficiency, sources officielles citées

Référence :
Décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019 (art. R.174-22 et s. du CCH), arrêté « méthode » du 10 avril 2020 et arrêtés modificatifs
Périmètre :
Bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments à usage tertiaire d’une surface de plancher cumulée supérieure ou égale à 1 000 m², propriétaires et preneurs à bail
Échéance :
Déclaration OPERAT avant le 30 septembre de chaque année · –40 % au 31/12/2030 · –50 % au 31/12/2040 · –60 % au 31/12/2050
Niveau de vigilance
Vigilance

L’essentiel

  • Tout bâtiment ou ensemble de bâtiments hébergeant des activités tertiaires sur 1 000 m² ou plus doit réduire sa consommation d’énergie finale de –40 % en 2030, –50 % en 2040 et –60 % en 2050 par rapport à une année de référence postérieure à 2010, ou atteindre une valeur absolue fixée par catégorie d’activité.
  • Les consommations de chaque année doivent être déclarées sur la plateforme OPERAT de l’ADEME avant le 30 septembre de l’année suivante, par vecteur énergétique.
  • Propriétaires et locataires sont conjointement responsables. La sanction financière est modeste (7 500 €), la publication des manquements et l’effet sur la valeur des actifs le sont moins.

Texte de référence

L’obligation est créée par l’article L.174-1 du code de la construction et de l’habitation (CCH), issu de l’article 175 de la loi ELAN du 23 novembre 2018. Le décret n° 2019-771 du 23 juillet 2019, dit « décret tertiaire » ou « Éco Énergie Tertiaire », en précise le champ et les modalités ; il est codifié aux articles R.174-22 à R.174-32 du CCH.

L’arrêté du 10 avril 2020, dit arrêté « méthode », fixe les règles de calcul : périmètre des consommations, année de référence, correction climatique, modulations, contenu du dossier technique. Il a été complété par une série d’arrêtés « valeurs absolues » qui fixent les Cabs par catégorie d’activité : arrêtés du 24 novembre 2020, du 13 avril 2022, puis les arrêtés III à VI, ce dernier complétant la couverture des dernières catégories (commerce, cinémas, services funéraires, banques) et précisant les catégories bureaux et administration .

Périmètre et seuils

CritèreRègle
ActivitéTertiaire marchand ou non marchand : bureaux, commerces, enseignement, santé, hôtellerie, logistique, sport, culture, administration
SeuilSurface de plancher cumulée ≥ 1 000 m², sur un bâtiment, une partie de bâtiment ou un ensemble de bâtiments d’une même unité foncière ou d’un même site
MixitéUn bâtiment mixte est assujetti si ses surfaces tertiaires cumulées atteignent 1 000 m²
ExclusionsConstructions provisoires, lieux de culte, bâtiments de défense, de sécurité civile et de sûreté intérieure
RedevablesPropriétaires et preneurs à bail, chacun pour la part qui le concerne
Consommations comptéesToutes les énergies, tous usages, sur l’entité fonctionnelle assujettie (EFA), en énergie finale
Déductions possiblesRecharge de véhicules électriques, sous conditions

Le seuil de 1 000 m² s’apprécie sur le site, pas sur le lot. Un locataire occupant 400 m² dans un immeuble de bureaux de 6 000 m² est assujetti pour ses 400 m², au titre du bâtiment.

Obligations concrètes

Déclarer. L’assujetti crée son compte OPERAT, décrit chaque EFA (surface, catégorie d’activité, année de référence), puis déclare chaque année les consommations de l’année précédente par vecteur : électricité, gaz naturel, réseaux de chaleur et de froid, fioul, GPL, bois, autres. La plateforme calcule la consommation corrigée du climat, la compare à l’année de référence et à la valeur absolue de la catégorie, et délivre une attestation annuelle accompagnée d’une notation Éco Énergie Tertiaire.

Réduire. L’assujetti choisit librement les leviers : performance de l’enveloppe, systèmes techniques, exploitation, comportement des occupants. Les actions engagées sont décrites dans un dossier technique tenu à disposition, notamment lorsque l’assujetti demande une modulation.

Moduler, le cas échéant. Le décret prévoit trois motifs de modulation des objectifs :

MotifConditionPièce à produire
Contraintes techniques, architecturales ou patrimonialesImpossibilité de réaliser certaines actionsDossier technique établi par un professionnel
Changement d’activité ou de volume d’activitéVariation des surfaces, des horaires, de l’intensité d’usageJustificatifs d’exploitation, indicateurs d’intensité d’usage
Coût manifestement disproportionnéTemps de retour brut supérieur aux seuils de l’article 7 de l’arrêté du 10 avril 2020, appréciés levier par levier et déduction faite des aides : 30 ans pour les actions sur l’enveloppe, 15 ans pour le renouvellement des équipements énergétiques (hors consommables), 10 ans pour les systèmes d’optimisation et d’exploitationÉtude énergétique et plan d’actions chiffré

Conserver la preuve. L’année de référence, les consommations annuelles, les surfaces, les modulations et le dossier technique doivent pouvoir être présentés à l’administration. En pratique, ils sont aussi demandés par les acquéreurs, les prêteurs et les auditeurs de durabilité.

Échéances

DateObligation
30 septembre de chaque annéeDéclaration sur OPERAT des consommations de l’année précédente
31 décembre 2030–40 % par rapport à l’année de référence, ou Cabs 2030
31 décembre 2040–50 %, ou Cabs 2040
31 décembre 2050–60 %, ou Cabs 2050

L’échéance 2030 se joue sur la consommation mesurée du 1er janvier au 31 décembre 2030, déclarée avant le 30 septembre 2031. Un site qui n’a pas de mesure fiable par vecteur en 2027 ne pourra pas prouver une trajectoire crédible en 2031.

Sanctions et risques

L’article L.174-1 du CCH et l’article R.174-32 organisent une réponse graduée :

  • Défaut de déclaration : mise en demeure de déclarer sous trois mois ; à défaut, publication du nom de l’assujetti sur un site de l’administration (« name and shame »).
  • Non-atteinte des objectifs : mise en demeure d’établir un programme d’actions sous six mois ; en cas de nouvelle carence, publication et amende administrative jusqu’à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale, par manquement.

Le montant est faible au regard des enjeux immobiliers. Les risques réels sont ailleurs :

  • décote d’un actif dont la trajectoire n’est pas tenue (dossiers de vente, financement, CRREM) ;
  • litiges bailleur-preneur sur la répartition des obligations et des travaux ;
  • rapport de durabilité (CSRD) ou reporting SFDR incomplet faute de données par actif ;
  • perte de crédibilité auprès des prêteurs lorsque le KPI d’un prêt indexé sur la durabilité s’appuie sur les consommations déclarées.

Données nécessaires

DonnéeMaillePériodePreuve attendue
Surface de plancher par EFA et par catégorie d’activitéBâtiment, partie de bâtimentStable dans le temps, mise à jour en cas de travauxPlans, attestations de surface, bail
Consommation d’énergie finale par vecteurEFA, bâtiment entierAnnée civile complète, mensuel recommandéIndex de comptage, factures, relevés télérelevés, historiques GTB
Année de référenceEFADouze mois consécutifs postérieurs à 2010Consommations complètes sur tous les vecteurs de l’année retenue
Indicateurs d’intensité d’usageEFAAnnuelEffectifs, horaires d’ouverture, taux d’occupation, selon la catégorie
Sous-comptage par usage (chauffage, froid, ventilation, éclairage)BâtimentHoraire à mensuelHistoriques GTB, sous-compteurs
Actions réalisées et modulationsEFADatéesDossier technique, études, factures

Le socle commun avec la CSRD, la taxonomie et le CRREM est le même : la consommation annuelle de chaque actif, séparée par vecteur, sur le bâtiment entier, rapportée à une surface stable. Ce socle mesuré une fois sert à tous les reportings.

Ce que PoP Data ESG apporte

Nous collectons les consommations à la source : compteurs de distribution, sous-compteurs, GTB et automates raccordés à notre supervision, sur le bâtiment entier et par vecteur. Chaque série est qualifiée (complétude, cohérence entre index et factures, détection des ruptures), historisée sans interruption et scellée par cachet et horodatage électroniques qualifiés.

Pour le décret tertiaire, nous restituons par EFA les consommations annuelles par vecteur au format attendu par OPERAT, l’année de référence documentée, les surfaces stables et les séries mensuelles qui étayent une demande de modulation. Le suivi infra-annuel permet de voir en cours d’année si la trajectoire 2030 est tenue, plutôt que de le découvrir à la déclaration. Nous ne rédigeons pas le dossier technique de modulation et nous ne saisissons pas la déclaration à la place de l’assujetti : nous fournissons la donnée qui la rend vérifiable.

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Sources officielles

Questions fréquentes

Qui est responsable de la déclaration, le propriétaire ou le locataire ?

Les deux. Le décret rend le propriétaire et le preneur à bail conjointement responsables de l’atteinte des objectifs et de la déclaration, chacun pour la part qui le concerne. Le bail ou une convention peut organiser la répartition, mais l’administration peut s’adresser à l’un comme à l’autre.

Comment choisir l’année de référence ?

Il s’agit d’une année pleine de douze mois consécutifs, postérieure à 2010, pour laquelle on dispose de consommations complètes sur tous les vecteurs. On retient en général l’année la plus consommatrice, car elle rend l’objectif relatif plus accessible. Le choix est possible tant que l’année n’a pas été validée sur OPERAT et il vaut mieux le documenter.

Objectif relatif ou objectif en valeur absolue ?

L’assujetti est réputé conforme dès qu’il atteint l’un des deux. L’objectif relatif compare la consommation à l’année de référence ; l’objectif absolu compare la consommation par mètre carré à un seuil fixé par catégorie d’activité dans les arrêtés « valeurs absolues ». Un bâtiment déjà performant vise plutôt la valeur absolue.

Les consommations sont-elles corrigées du climat ?

Oui. OPERAT applique une correction climatique sur la part de consommation liée au chauffage et au refroidissement, à partir des degrés-jours de la station météorologique rattachée au site. Le déclarant fournit les consommations brutes par vecteur, la plateforme calcule le reste.

Que se passe-t-il en cas de non-déclaration ?

L’administration met en demeure l’assujetti de déclarer sous trois mois, puis publie son nom sur un site public. En cas de non-atteinte des objectifs, une mise en demeure impose un plan d’actions et, à défaut, une amende administrative pouvant atteindre 7 500 € pour une personne morale.

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